Dermatologie

UNE PÉDICULOSE ATYPIQUE DE L’ENFANT

Publié le 09/02/2018
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Le phtirius, appelé vulgairement morpion, est un ectoparasite vivant généralement au niveau du système pileux du pubis ou du creux inguinal. Sa transmission est essentiellement sexuelle, aussi sa découverte chez l’enfant implique d’éliminer un abus sexuel, avant de conclure à une contamination par le linge, également possible.
Pou pubien

Pou pubien
Crédit photo : Dr. Josef Reischig, CSc - Commons

Kevin, un jeune patient de 7 ans, consulte avec sa mère qui a noté que son fils présente depuis quelques jours un prurit du cuir chevelu. La mère (divorcée depuis 3 ans) a rattaché cette symptomatologie à son séjour chez son père. Cette scientifique a mis en évidence un parasite au niveau du cuir chevelu de son fils qu’elle a photographié (photo). Compte tenu du cliché réceptionné sur notre ordinateur, nous pouvons poser le diagnostic de pédiculose pubienne ou phtiriase.

CARACTÉRISTIQUES MORPHOLOGIQUES

► Deux genres de poux peuvent contaminer l’homme :

– Pediculus humanus (pou de corps) et Pediculus capitis (pou de tête).

– Phtirius inguinalis ou pubis (pou du pubis).

► Ces différents parasites sont d’une taille qui varie de 1 à 4 mm. Ces insectes sont hématophages, vivent au niveau du système pileux de l’homme et peuvent se retrouver sur des vêtements. Pediculus humanus et capitis n’ont pas la même morphologie que Phtirius inguinalis. En effet, ce dernier présente un corps de plus petite taille (1 à 2 mm) et il est trapu (aspect de crabe). On retrouve chez ce parasite deux paires de pattes utiles pour saisir les poils. 

► Le plus souvent, Phtirius pubis est observé au niveau des poils pubiens, ou inguino-fessiers. Il est aussi possible de les observer au niveau des cuisses, de l’abdomen ou du thorax. Une localisation au niveau du cuir chevelu s’observe parfois, même si cela reste rare. Chez les enfants, ce parasite peut être retrouvé au niveau des cils ou des sourcils.

► Sa durée de vie n’excède pas 15 jours, et durant cette période la femelle pond près de 25 œufs journellement.

► Compte tenu de sa localisation préférentielle au niveau pubien, cette pathologie est considérée comme une infection sexuellement transmissible, et ce même si des contacts étroits peuvent être responsables d’une contamination de l’entourage. Une contamination peut également être le fait d'un partage de linge parasité.

► Aucun cas de pathologie infectieuse n’a été jusqu’à présent répertorié suite à une colonisation cutanée par ce parasite. 

SYMPTÔMES ET DIAGNOSTIC

► La présence du parasite signe une contamination au contact d'un adulte porteur de pédiculose pubienne. Le mode de contamination adulte-enfant n'est pas forcément lié à des sévices sexuels, mais cette éventualité nécessite une enquête dans l'entourage à la recherche d’une origine familiale à cette parasitose.

Le cas échéant, l'examen clinique de l'enfant recherche des signes d'abus sexuels avant de conclure à une transmission par des vêtements ou une literie infectée.

► Chez l'enfant, la localisation ciliaire (avec blépharite parfois) est assez typique. Les déjections du phtirius se traduisent par la présence de petites macules de couleur brune.

Concernant Kevin, la contamination du cuir chevelu est secondaire à une importante promiscuité avec le père, qui était contaminé : lui et sa nouvelle compagne se plaignaient d’un prurit pubien, avait indiqué Kevin lors de la consultation. L’enfant a aussi expliqué avoir utilisé les serviettes « de tout le monde ». Connaissant bien toute la famille, nous avons pu contacter le père et avons insisté pour que tout le monde soit traité. Nous avons par ailleurs pu écarter toute notion de sévices sexuels. 

LE TRAITEMENT

► Il comporte plusieurs volets :

– La prise en charge de l’hygiène corporelle du patient grâce à une douche ou un bain.

– Un lavage des vêtements à 60 °C, et une désinfection de la literie et des canapés.

– Une application de crème à base de perméthrine à 1 % dans le cas d’une atteinte ciliaire, et une élimination des parasites à l’aide d’une pince fine.

 

Chez l’adulte

Le signe d’appel est le prurit pubien. L’examen de la région atteinte met en évidence le parasite, mais aussi les lentes. L’atteinte des poils corporels (axillaires, pectoraux ou cuisses) ou des cils est moins fréquente.

• Le repas sanguin peut générer des réactions allergiques parfois importantes (œdème et maculo-papules), mais aussi des taches de couleur bleue au niveau de la zone atteinte.

• La contamination est due généralement à un rapport sexuel avec un partenaire infecté (à traiter). L’examen clinique recherche d’autres IST.

• En cas d’atteinte pubienne, le rasage est nécessaire, surtout si les lentes sont présentes en quantité importante.

• Cette parasitose n’est pas susceptible de transmettre des pathologies infectieuses.

Bibliographie

1- Houhamdi L, Parola P, Raoulr P. Les poux et les maladies transmises à l’homme. Médecine Tropicale 2005 ; 65 : 13-23.
2- Mokni M, Dupin N, Del Giudice P. Dermatologie infectieuse. Ed. Elsevier-Masson 2014.
3- Ma DL, Vano-Galvan S. Infestation of the eyelashes with Phtirius pubis. Canadian Medical Association Journal 2010; 182 (4): E187.
4- Orion E, Matz H, Wolf R. Ectoparasitic sexually transmitted diseases : Scabies and pediculosis. Clinical Dermatolology 2004; 22: 513-9.

 

Dr Pierre Frances (médecin généraliste), Dr Eric Baranauskas (médecin généraliste), Laureline Mancel (interne en médecine générale), A. Ramos Fernandez (interne en médecine générale).

Source : lequotidiendumedecin.fr