Lipodystrophie, un piège pour l’insuline

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Publié le 23/05/2024
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Fréquente, la lipohypertrophie du diabétique insulinodépendant perturbe significativement l’équilibre glycémique. Il est donc important de savoir détecter et prévenir ces lésions.

Les procédures d’injection ne sont pas toujours maîtrisées

Les procédures d’injection ne sont pas toujours maîtrisées
Crédit photo : BURGER/PHANIE

La lipodystrophie – et surtout la lipohypertrophie – est fréquente chez les diabétiques sous insuline puisque, selon des données récentes, la prévalence serait de 42 %. Elle concerne les diabétiques de tous âges, avec un risque parallèle à l’ancienneté de l’insulinothérapie.

Elle est favorisée par l’action anabolique de l’insuline, qui stimule la synthèse lipidique et protéique. Elle est inesthétique mais, surtout, perturbe l’absorption de l’insuline, et l’injection dans des zones concernées peut provoquer un sur- ou sous-dosage. Une méta-analyse relève ainsi une augmentation des hypoglycémies inexpliquées, parfois sévères, et un effet négatif sur l’équilibre glycémique, avec une variabilité glycémique plus marquée, une HbA1c plus élevée, avec un pourcentage diminué de patients avec une HbA1c < 7 % (1). D’où une augmentation du risque de complications aiguës et chroniques du diabète.

Il faut savoir rechercher les lésions en lumière rasante, à la palpation voire à l’échographie

Pr Julia Mader

« On peut regretter l’absence de recherche systématique des lésions. Si elles ne sont pas directement visibles, il faut savoir les rechercher avec une lumière rasante, à la palpation voire avec une échographie », remarque la Pr Julia Mader (Autriche). On visera en premier lieu les sites d’injection, plus souvent au niveau de l’abdomen mais aussi de la cuisse, des bras et des fesses, sans omettre de s’enquérir de zones d’injection inhabituelles.

La lipohypertrophie est favorisée par l’absence d’alternance entre les sites d’injection, l’injection d’insulines trop froides, la réutilisation des aiguilles, le recours à des aiguilles plus longues ou plus épaisses. Une enquête a mis en évidence le manque d’éducation – dont se plaignent les nouveaux utilisateurs – à propos des procédures d’injection, du mode de conservation de l’insuline, de la manière d’alterner correctement les sites d’injection. D’autant que ces préconisations arrivent à un moment où ils sont quelque peu submergés par les diverses informations sur la maladie et le recours à l’insuline.

(1) Julia K. Mader, et al. Diab Tech & Ther. 2024 26:5, 351-62

Dr Maia Bovard-Gouffrant

Source : Le Quotidien du Médecin